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Points clés à retenir
- Le dépôt de bilan reste obligatoire même pendant un arrêt maladie du dirigeant.
- Une procuration permet à un tiers de signer les démarches à votre place.
- Les indemnités journalières ne sont pas coupées automatiquement par une liquidation.
- L’arrêt maladie ne protège pas contre un licenciement économique en procédure collective.
- Agir dans les 45 jours après cessation de paiements réduit les risques de sanctions.
Qu’est‑ce que « déposer le bilan » pendant un arrêt maladie
Définition juridique du dépôt de bilan
Le dépôt de bilan est le terme courant pour désigner la déclaration de cessation des paiements auprès du tribunal de commerce. Concrètement, un dirigeant qui ne peut plus faire face à son passif exigible avec son actif disponible est légalement tenu de saisir le tribunal. C’est une obligation, pas une option.
La procédure implique plusieurs acteurs : le dirigeant (ou son mandataire), le greffe du tribunal de commerce, et un administrateur judiciaire désigné par le juge. Le Code de commerce recommande d’agir dans les 45 jours suivant la constatation de la cessation de paiements, même si aucun délai strict n’est fixé par la loi.
Distinction dépôt de bilan, redressement judiciaire et liquidation
Le dépôt de bilan ouvre une procédure collective, mais son issue varie selon la situation financière réelle. Si un redressement est possible, le tribunal opte pour le redressement judiciaire: l’entreprise continue sous contrôle avec un plan d’apurement. Si aucune solution n’est viable, c’est la liquidation judiciaire, qui met fin à l’activité.
Selon l’INSEE et les données des tribunaux de commerce, plus de 60 % des procédures collectives aboutissent à une liquidation en France. Pour une TPE, la proportion est encore plus élevée. Regardons cela de plus près : le coût d’un redressement judiciaire pour une petite structure oscille entre 3 000 et 10 000 € en honoraires d’avocats et d’experts-comptables.
Particularités quand le dirigeant est en arrêt maladie
Un arrêt maladie ne suspend pas les obligations légales d’un dirigeant. Si l’entreprise est en cessation de paiements, l’arrêt ne protège pas contre la nécessité de déposer le bilan. La question pratique devient alors : qui peut signer à la place du dirigeant incapacité? C’est là que la procuration prend toute son importance, j’y reviens plus loin.
Les effets immédiats de l’arrêt maladie sur l’activité et la trésorerie
Impact sur la production et les revenus
Pour un micro-entrepreneur ou un dirigeant de TPE, un arrêt maladie crée un trou d’air immédiat. Sans lui, la production s’arrête ou ralentit fortement. Les revenus chutent, mais les charges, elles, continuent de courir.
Dans mon expérience à analyser ces situations, c’est souvent ce décalage qui précipite la crise. Une entreprise qui tournait avec peu de marge se retrouve en quelques semaines à puiser dans sa trésorerie pour couvrir des dépenses sans recettes en face.
Charges fixes à couvrir
Loyers, salaires des éventuels employés, cotisations sociales, assurances : ces postes ne s’arrêtent pas parce que le patron est en arrêt. Les cotisations URSSAF continuent de s’accumuler, et les délais de paiement accordés par défaut sont courts.
Pour un salarié en arrêt, la situation est différente : l’employeur continue de payer (tout ou partie du salaire selon la convention collective), puis se fait rembourser par la CPAM. Mais si l’entreprise est déjà fragile, même ce mécanisme peut coincer.
Délai moyen avant insolvabilité
Les études sur les faillites de TPE montrent qu’une entreprise en difficulté atteint généralement l’insolvabilité en 3 à 6 mois après le déclenchement d’un événement déstabilisateur, comme un long arrêt maladie du dirigeant. Ce délai est très court pour réagir, trouver un repreneur ou restructurer.
Chaque semaine compte. Attendre « que ça aille mieux » est la pire stratégie possible dans ce contexte.
Calendrier pratique. Étapes si l’on doit déposer le bilan pendant un arrêt maladie
Diagnostic financier à réaliser
Avant toute démarche, dresser un état des lieux précis s’impose. Voici une checklist rapide :
- Relevé bancaire des 3 derniers mois
- Liste des créanciers et montants exigibles
- État de la trésorerie disponible (liquidités)
- Factures en attente de règlement (actif exigible)
- Contrats en cours (baux, crédits, fournisseurs)
Ce diagnostic peut être fait avec l’expert-comptable, même à distance. Ne pas attendre d’être physiquement rétabli pour lancer cet inventaire.
Décision et formalités
Une fois la cessation des paiements constatée, il faut saisir le greffe du tribunal de commerce du lieu du siège social. Le dossier comprend les comptes des deux derniers exercices, un état des créances et des dettes, et une déclaration sur l’état de cessation des paiements.
Un avocat n’est pas obligatoire pour déposer, mais il est fortement recommandé. Pour une TPE, un cabinet spécialisé en droit des entreprises en difficulté peut cadrer la procédure pour quelques centaines d’euros de consultation initiale.
Qui signe si le dirigeant est en arrêt
Un dirigeant en arrêt maladie peut déléguer via une procuration notariée ou sous seing privé à un tiers de confiance (associé, conjoint collaborateur, avocat). Cette personne agit alors en son nom pour les démarches administratives et judiciaires.
Si le dirigeant est dans l’incapacité totale de signer (hospitalisation prolongée, coma), le tribunal peut désigner un mandataire d’office. Cette situation est rare, mais elle existe. Mieux vaut anticiper via une procuration rédigée dès que l’arrêt devient long.
| Étape | Délai recommandé | Interlocuteur |
|---|---|---|
| Diagnostic financier | Semaine 1 | Expert-comptable |
| Consultation juridique | Semaine 1-2 | Avocat spécialisé |
| Rédaction procuration | Semaine 2 | Notaire / avocat |
| Dépôt au greffe | Semaine 2-3 | Greffe tribunal de commerce |
| Audience d’ouverture | J+15 à J+30 | Juge-commissaire |
Droits et protections du salarié ou du dirigeant en arrêt maladie
Maintien de salaire et indemnités pendant l’arrêt
Un salarié en arrêt maladie perçoit des indemnités journalières versées par l’Assurance Maladie. Selon la CNAM, le montant correspond à 50 % du salaire journalier de base, plafonné au plafond de la Sécurité sociale. Beaucoup de conventions collectives prévoient un complément employeur pour atteindre 90 % ou 100 % du salaire brut.
Pour un dirigeant non-salarié (gérant majoritaire, auto-entrepreneur), les indemnités sont conditionnées à l’affiliation à la Sécurité sociale des indépendants et aux cotisations versées. Le montant est souvent bien inférieur à celui d’un salarié pour les premières années d’activité.
Protection contre le licenciement pour motif médical
Un salarié en arrêt maladie ne peut pas être licencié en raison de son arrêt. C’est une protection légale claire. Mais attention : cette protection ne s’applique pas à un licenciement économique décidé indépendamment de l’état de santé, notamment dans le cadre d’une procédure collective.
Si l’entreprise supprime un poste pour des raisons économiques documentées, l’arrêt maladie ne fait pas obstacle au licenciement. La frontière est parfois ténue, et un avocat peut aider à vérifier la régularité de la procédure.
Conséquences sociales
Pendant un arrêt maladie, la couverture santé est maintenue tant que le contrat de travail est actif. Si l’entreprise entre en liquidation judiciaire et que le salarié est licencié, les droits à l’assurance maladie sont prolongés pendant une période transitoire (généralement jusqu’à 12 mois selon les droits acquis).
Pour la retraite, les périodes d’arrêt maladie indemnisées sont prises en compte dans le calcul des trimestres, à condition que les indemnités journalières aient bien été versées par la CPAM.
Conséquences juridiques et sociales du dépôt de bilan sur l’arrêt maladie
Effet sur les indemnités journalières et la couverture santé
Le dépôt de bilan n’interrompt pas automatiquement les indemnités journalières en cours de versement. L’Assurance Maladie continue de payer tant que l’arrêt est médicalement justifié et que les droits sont ouverts. C’est une bonne nouvelle souvent ignorée.
En revanche, si la liquidation entraîne une rupture du contrat de travail, le droit aux indemnités journalières liées au statut de salarié s’arrête à la date de rupture effective, sauf maintien de droits temporaire.
Risques disciplinaires et procédure de licenciement économique
Dans une procédure de liquidation, le liquidateur judiciaire peut prononcer des licenciements économiques. Ces licenciements doivent respecter la procédure légale, y compris pour les salariés en arrêt maladie. Le licenciement d’un salarié protégé (délégué syndical, membre du CSE) nécessite une autorisation de l’inspection du travail, même en liquidation.
Pour le dirigeant, la faute de gestion peut être recherchée. Un arrêt maladie ne protège pas contre une action en responsabilité si la cessation des paiements résulte de décisions antérieures fautives.
Cas particuliers : fraude, faute grave, cessation immédiate
Si une fraude est constatée (dissimulation d’actifs, faux en écriture), l’arrêt maladie n’offre aucune protection. La procédure peut déboucher sur une interdiction de gérer ou une faillite personnelle, indépendamment de l’état de santé du dirigeant.
Pour les salariés, une faute grave constatée pendant l’arrêt (soumise à preuve) permet un licenciement sans préavis ni indemnités. Mais les tribunaux examinent ces situations avec attention : un salarié en arrêt qui ne peut physiquement pas commettre la faute reprochée bénéficiera généralement d’une protection de fait.
Alternatives et aides à envisager avant de déposer le bilan
Négociation fournisseurs et délais de paiement
Avant d’en arriver au dépôt de bilan, plusieurs leviers méritent d’être actionnés. Contacter les fournisseurs principaux pour renégocier des délais est souvent plus efficace qu’on ne le pense. La plupart préfèrent un paiement différé à une créance irrécouvrable.
Ketty Leroux explique en détail ce que permet concrètement le redressement judiciaire pour une entreprise en difficulté.
L’URSSAF propose également des plans d’apurement en cas de difficultés conjoncturelles. Un appel précoce à leur service contentieux peut débloquer 6 à 12 mois de report sans pénalités majeures.
Aides publiques et dispositifs d’urgence
Le Prêt Garanti par l’État (PGE) a été massivement utilisé entre 2020 et 2022 : selon la Banque de France, la médiane des PGE accordés aux TPE se situait autour de 10 000 à 15 000 €. Ce type de prêt peut encore exister sous formes dérivées selon les dispositifs régionaux en vigueur.
Les Régions et certaines métropoles disposent de fonds d’urgence pour les entreprises en difficulté. Il vaut la peine de consulter la chambre de commerce locale, souvent en mesure d’orienter vers ces ressources rapidement.
Plan de sauvegarde et procédures préventives
La conciliation et le mandat ad hoc sont deux procédures confidentielles qui permettent de renégocier les dettes avant d’atteindre la cessation des paiements. Elles nécessitent l’intervention du président du tribunal de commerce et se déroulent sans publicité.
Pour aller plus loin sur ce point : ces procédures sont sous-utilisées en France, notamment par manque d’information. Une TPE qui anticipe ses difficultés de 2 à 3 mois a de bien meilleures chances de trouver une issue viable qu’une qui attend d’être à court de trésorerie.
Checklist pratique pour agir en période d’arrêt maladie
Documents à rassembler
- 3 derniers bulletins de paie (ou bilans pour un dirigeant)
- Relevés bancaires des 6 derniers mois
- Attestation de cessation de paiements (ou bilan prévisionnel de trésorerie)
- Attestations médicales (arrêt de travail en cours, durée prévisible)
- Contrats fournisseurs, baux commerciaux, contrats de crédit
- Extrait Kbis récent
- Statuts de la société
Contacts prioritaires à mobiliser
- Expert-comptable: diagnostic financier et préparation du dossier
- Avocat spécialisé en droit des entreprises en difficulté: conseil juridique et rédaction de procuration
- URSSAF: demande de délai de paiement ou de remise
- CPAM: vérification du maintien des droits aux indemnités journalières
- Assurance professionnelle: vérifier la couverture en cas de cessation d’activité
- Greffe du tribunal de commerce: prise de rendez-vous pour le dépôt
Procuration et lettres types
Une procuration simple peut être rédigée sous seing privé pour déléguer à un tiers les démarches administratives (signature de documents, représentation aux audiences). Elle doit mentionner : l’identité du mandant et du mandataire, la durée, les actes autorisés, et la date.
Pour les actes juridiques lourds (cession d’actifs, signature de contrats importants), une procuration notariée est préférable et souvent exigée par les interlocuteurs. Un notaire peut la préparer rapidement, même en urgence.
Attention : une procuration trop large peut exposer le mandant à des engagements non souhaités. Délimitez précisément les actes autorisés avec votre avocat avant de signer.
Questions fréquentes
Peut‑on légalement déposer le bilan pendant un arrêt maladie ?
Oui, sans restriction. L’arrêt maladie ne suspend pas les obligations légales du dirigeant. Si l’entreprise est en cessation de paiements, le dépôt de bilan reste obligatoire, que le dirigeant soit en bonne santé ou non. Il peut déléguer les formalités via une procuration, mais la décision lui appartient.
Qui peut engager la procédure si le dirigeant est en arrêt maladie ?
Un associé muni d’une procuration, un co-gérant, ou un avocat mandaté peut déposer le bilan au nom du dirigeant. En l’absence de mandataire désigné et en cas d’incapacité totale, le tribunal peut saisir d’office un mandataire judiciaire sur demande d’un créancier.
L’arrêt maladie protège‑t‑il contre le licenciement pendant une insolvabilité ?
Non, pas dans le cadre d’un licenciement économique. La procédure collective permet au liquidateur de rompre les contrats de travail pour motif économique, même si le salarié est en arrêt. L’arrêt protège uniquement contre un licenciement motivé par l’état de santé lui-même.
Mes indemnités journalières sont‑elles coupées si l’entreprise est en liquidation ?
Non, pas automatiquement. Les indemnités journalières continuent tant que l’arrêt est médicalement valide et que les droits sont ouverts. En revanche, si le contrat de travail est rompu suite à la liquidation, les droits peuvent s’éteindre progressivement selon les trimestres validés.
Faut‑il avertir l’Assurance Maladie si l’entreprise est en difficulté financière ?
Il n’existe pas d’obligation légale de prévenir la CPAM d’une difficulté financière de l’entreprise. En revanche, si votre situation de dirigeant change (cessation d’activité, modification du statut), il est prudent d’informer votre caisse pour éviter des interruptions de droits inattendues.
Quelles aides d’urgence solliciter en cas de risque d’insolvabilité ?
En priorité : contacter l’URSSAF pour un plan d’apurement, la chambre de commerce pour les fonds régionaux d’urgence, et votre banque pour un rééchelonnement de crédit. La procédure de conciliation auprès du tribunal de commerce est confidentielle et permet de renégocier les dettes avant la cessation de paiements.
Comment donner une procuration pour déposer le bilan à la place d’un dirigeant en arrêt ?
Rédigez un document écrit mentionnant votre identité, celle du mandataire, les actes autorisés (représentation au tribunal de commerce, signature du dossier de cessation de paiements), et la durée. Pour les actes les plus lourds, faites authentifier la procuration par un notaire. Votre avocat peut vous fournir un modèle adapté à votre situation en quelques heures.



